Conversation avec Laurent Riéra, Directeur de la communication de la ville de Rennes et de Rennes Métropole

Quelques heures avant la signature d’un beau partenariat que je lui laisse le soin de nous détailler, j’ai échangé avec Laurent Riéra sur la conversation, entre autres…

Corinne da Costa : Laurent, qu’évoque pour vous la conversation ?

Laurent Riéra : La conversation est au cœur de mon métier de directeur de la Communication et de l’information. On peut même dire que je mène des conversations en permanence…
Si je devais définir mon rôle, je dirais que je suis d’abord un traducteur auprès de différentes parties prenantes de l’intérêt qu’elles ont à participer à un projet commun: je mets sur la table les intérêts que je défends, ceux des élus, sans avancer masqué et de façon apaisée… avec toujours pour objectif de remettre l’usage et le citoyen au cœur de nos réflexions et de nos stratégies de communication.

CDC : Concrètement, comment conversez-vous ?

LR : La conversation est un échange permanent :

  • on diagnostique
  • on propose
  • on écoute (les remarques, les critiques, les contributions)…
  • on enrichit, on reformule
  • on re-soumet au débat

et ce jusqu’à validation…

Nous sommes clairement aujourd’hui dans la co-construction des politiques publiques.

Et ceci vaut également pour la communication. Il est essentiel de donner la parole à ceux qui ne se sentent pas légitimes à parler, la provoquer en innovant, avec des moyens subtils et décalés, en étant présent là où nos interlocuteurs se trouvent…
Il faut convaincre chacun de la nécessité et de l’utilité de son investissement en écoutant et entendant, y compris dans la controverse…

Même s’il est absurde de nier qu’il existe des rapports de force, la rivalité ne m’intéresse pas, elle n’est pas constructive. Je souhaite simplement que l’on nous laisse parler avant de critiquer.

La pédagogie autour des politiques publiques est une vraie gageure en ces temps de méfiance exacerbée. Pour regagner du crédit, il me paraît important de « ré-institutionnaliser notre communication », de remettre un peu de sens dans les décisions… De montrer qu’elles sont le fruit d’un débat, d’une réflexion, d’un choix de la part de nos représentants. Qu’il y a des manières d’interpeler les élus.
Le Conseil Municipal de Rennes est ainsi retransmis en direct et en vidéo sur internet et chacun peut le commenter ou poser des questions sur un fil Twitter intégré au module de diffusion. Nous avons une équipe sur place pour répondre aux questions posées sur les délibérations votées.

CDC : Pourriez-vous nous donner quelques exemples de dispositif conversationnel mis en place à Rennes ?

LR : Revenons par exemple sur le Plan Local d’Urbanisme, Rennes 2030.

Un état des lieux a été réalisé par les services urbains de la Ville dès 2015.
La concertation pour mieux appréhender les besoins et les aspirations des Rennais vis-à-vis de l’évolution de la Ville a été lancée début 2016, elle a duré 18 mois.

Elle s’est déroulée en plusieurs étapes :

  • Nous avons tout d’abord confronté les premières orientations du Plan local d’urbanisme à l’expertise d’usage des habitants, à leur vécu, à leurs attentes. Pour « libérer » leur parole, nous sommes allés dans tous les quartiers, sur la durée, en proposant des regards décalés sur la ville: nous avons organisé des balades urbaines qui offraient des perspectives inédites sur les paysages urbains. Ou des points de vue sur la ville à partir des toits des plus hautes tours, en compagnie d’architectes et d’urbanistes. Mais aussi des cafés-débats sur des péniches, des expositions, des conférences, la production de dessins animés, un recensement participatif d’arbres remarquables, des constructions de mobilier urbain « étonnants », des ateliers avec les enfants… Tout ceci a permis de recueillir énormément de contributions.
  • Les débats ont été tellement riches que nous avons pris la décision de prolonger cette première étape de la concertation en proposant des débats sur les principaux sujets de dissensus qui ont pu apparaître, par exemple sur la hauteur ou la place de la voiture. Ce qui est frappant, c’est de constater à quel point ces sujets, très clivants il y a encore quelques mois, peuvent aujourd’hui faire l’objet de débats beaucoup plus constructifs.
  • Ensuite, une analyse a été faite de tous les verbatim pour identifier les besoins émergents, les évolutions souhaitées, et les intégrer dans le projet urbain.
  • Enfin, nous avons restitué l’ensemble des éléments issus de la concertation dans une réunion publique, à laquelle ont assisté plus de 400 Rennais, pour être bien certains d’avoir produit du consensus sur la majorité des débats en cours. Un hors-série de 80 pages du magazine municipal a été édité pour retracer tout ce processus et prouver, par l’exemple, que la parole exprimée a été prise en compte.

En 2017, la concertation s’est poursuivie par la traduction réglementaire, à savoir comment concrètement ce projet allait prendre forme et impacter la vie quotidienne des Rennais.

Enfin, en septembre dernier, un nouveau temps fort ouvert à tous a été organisé et chacun a pu prendre connaissance des propositions élaborées et partager son avis.

2018 verra la finalisation du nouveau plan local d’urbanisme de la ville de Rennes, qui sera versé au premier plan local d’urbanisme intercommunal de la métropole.

Cette démarche est pour moi, un exemple concret d’une conversation aboutie : plus de 50 000 visiteurs uniques se sont connectés sur le site dédié, ce qui est très considérable pour une ville de 220.000 habitants.
Aujourd’hui plus de 60% des Rennais ont entendu parler de Rennes 2030, l’associent au projet urbain et en ont une image positive…

C’est une très belle illustration je trouve, de ce que peut produire une démarche aboutie de concertation conversationnelle et d’écoute.

CDC : Aujourd’hui, vous vous apprêtez à conclure un partenariat innovant…
Vous nous en dites plus ?

LR : Nous nous engageons en effet dans quelques heures dans un partenariat inédit avec Clear Channel et le média social Brut pour diffuser sur du mobilier urbain numérique des vidéos sur-titrées autour de sujets d’actualité rennaise. Le premier sujet sera consacré à la réduction du gaspillage alimentaire dans les cantines.
Ce nouveau media de rue est aussi une manière d’engager la conversation avec les habitants là où ils sont, en mobilité. Il correspond parfaitement à notre volonté d’élargir les cibles de notre communication, notamment pour toucher les habitants qui ne lisent pas la presse et qui se tiennent éloignés des canaux traditionnels d’information. Notre prochaine étape sera de l’enrichir avec d’autres types de contenus que nous produirons dans une logique de convergence de nos outils numériques autour de la vidéo: les réseaux sociaux, les panneaux numériques, notre site internet, mais aussi un pure player que nous proposerons dès l’automne.

CDC : Bien noté, le rendez-vous est pris pour en savoir plus dans quelque mois !

Merci infiniment de ce partage de belles expériences et je vous laisse conclure …

LR : La transition numérique, qui met à notre disposition tout un panel d’outils extrêmement performants pour créer un lien continu avec la population, est une vraie opportunité pour regagner la confiance dans la parole publique. L’impératif est de ne jamais oublier l’usager, l’habitant, le citoyen, et, surtout, de ne pas en avoir peur. Le dialogue est plus que jamais la base du contrat social, dans cette société qui nous invite à nous engager partout et tout le temps.

Suivez-nous et partagez