Nouvelles technologies : et si vous donniez de la voix ?

Lors du E-Commerce One-To-One 2017, Google a annoncé que nous entrions dans « l’ère de l’assistance » (1). Une économie, dans laquelle les requêtes ne seront plus formulées via un moteur de recherche classique, mais à l’oral. Le web vocal représente déjà 20 % des requêtes effectuées sur Android et le pôle recherche de Gartner (2) assure qu’en 2020, 30 % de nos recherches internet se feront sans le moindre écran. 

À l’heure où bon nombre d’entreprises se disputent les talents de « plumes » (3) pour rédiger le contenu de leurs chatbots, cela peut paraître surprenant. Pour appuyer ses dires, Gartner prend les exemples récents de Google Allo et Amazon Echo (dont les noms renvoient d’ailleurs à l’imaginaire du dialogue) : ces objets connectés avec lesquels il suffit de converser pour bénéficier de services. Plus besoin de pianoter sur son smartphone pour commander un livre ou rechercher une information, lorsque l’un de ces outils peut le faire pour nous, par simple demande vocale ! Une question anodine, comme l’on pourrait poser à vous ou moi, suffit à récolter l’information en un instant. La voix est-elle vouée à remplacer l’écran ? 

Nous vivons dans une véritable tempête technologique. Il y a dix ans, Apple créait l’iPhone et, avec lui, les applications pour smartphones. L’an dernier, Microsoft prédisait la fin de ces mêmes applications, menacées par les chatbots (4). Aujourd’hui, les agents conversationnels, tels que nous les connaissons, seraient en train de muer vers une nouvelle forme : moins textuelle pour davantage d’interactions vocales.

Un retour à l’Âge Tribal ? 

Depuis quelques années, l’écran ne cesse d’évoluer. Aplati au début des années 2000’s, il a été considérablement réduit par l’arrivée des smartphones, avant de s’agrandir avec les tablettes pour, semble-t-il, disparaître peu à peu. Par conséquent, l’écriture qui y est inlassablement liée, se voit à son tour détrônée par la voix. 

Cette théorie irait à l’encontre de la superposition des âges médiatiques proposée par Mc Luhan (5). Selon lui, c’est justement l’écriture qui a pris le pas sur l’oralité. L’écriture permet la transmission dans l’espace (où que vous soyez, vous pouvez lire cet article), ce qui renforce la capacité de diffusion de l’information. A contrario, l’oralité permet la transmission dans le temps, par la répétition des traditions. Néanmoins, l’écriture -selon Mc Luhan- est isolationniste (nous nous isolons pour lire) alors que l’oralité est fédératrice, source de rapprochement et de lien social. Sommes-nous en train de quitter ce qu’il appelle l’Âge Scriptural pour retourner vers l’Âge Tribal ?

Dans cette hypothèse, il convient d’interroger le rôle de nos outils sur cette mutation sociétale. Les innovations technologiques contemporaines sont-elles précurseurs de nouveaux modes de vie, ou en sont-elles les conséquences ?

L’être et l’écran 

Ces questions nous ramènent tout naturellement à notre relation au monde qui nous entoure. Les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) cherchent à développer des outils qui facilitent notre quotidien. Pour cela, ils interrogent nos usages, nos habitudes, afin de rendre leurs produits les plus intuitifs possibles. Ils permettent, par leurs innovations, de bousculer notre sensorium, notre manière de percevoir notre environnement et d’interagir avec lui.

Nos usages, justement. C’est le point que soulève Stéphane Vial dans L’Etre et l’Écran (6). Il y défend que :

« Les techniques, en effet, ne sont pas seulement des outils, ce sont des structures de la perception. Elles conditionnent la manière dont le monde nous apparaît et dont les phénomènes nous sont donnés. »

Ces nouveaux outils entraînent de nouveaux usages et, par la suite, impulsent une évolution de la perception, génératrice de nouveaux rapports à notre environnement. Créer un Amazon Echo ou un Google Allo, c’est anticiper sur l’évolution des besoins de la société pour en remodeler les interactions. Désormais, nous parlons à des chatbots et des logiciels de manière de plus en plus naturelle, comme à des amis.

Ces innovations sont à la source de nouveaux défis pour les entreprises, (nouvelles data à gérer, comme l’intonation, le débit et le rythme des phrases ; évolution de la relation client) et pour la société. Devons-nous nous adresser aux objets technologiques (chatbots, assistants personnels) comme nous le faisons à nos proches ? Pour répondre à cette question, ne nous arrêtons pas à Her, film incontournable pour qui s’intéresse à la relation homme-machine, comme seul horizon possible.

Et l’écran ? Il a encore de beaux jours devant lui. L’essor du tactile a mis fin au règne du clavier, renouvelant, là encore, les usages et les interactions possibles avec l’écran. Auourd’hui, le développement de la réalité virtuelle et augmentée va lui permettre de s’associer, sous de nouvelles formes, à la voix et aux sons. La question qui demeure, finalement, repose peut-être davantage sur l’avenir de l’écriture (le contenu) que sur celle de l’écran (le contenant).

Découvrez votre niveau de conversation (en cliquant ici)
Sources : 

(1) Frenchweb (Consulté le 22/04/2017)

(2) gartner.com (Consulté le 27/03/2017)

(3) L’ADN (Consulté le 27/03/2017)

(4) Les Echos (Consulté le 12/03/2017)

(5) CARPENTER, Edmund & MCLUHAN, Marshall, eds. 1960. Explorations in Communication. Boston: Beacon Press.

(6) VIAL, Stéphane, 2013, L’être et l’écran, PUF

Crédits photo : 

[1] Her (Capture d’écran de la bande annonce)
[2] Thomas Sabatier on LinkedIn

Suivez-nous et partagez